Des Nuits en bleu
de Jean-Pierre Levaray
msc Marie-Hélène Garnier
Le Rayon vert, Saint-Valery-en-Caux (76)

sur http://www.lemague.net/ :
Jean-Pierre Levaray travaille depuis une trentaine d’année dans une usine chimique Grande Paroisse, près de Rouen. Prolo, il est aussi auteur. Son dernier texte, Des Nuits en bleus vient d’être mis en scène.
Putain d’usine, Après la catastrophe… ça vous dit quelque chose ? C’est l’histoire d’un ouvrier qui en a sa claque de l’usine, de l’exploitation, du salariat, des risques professionnels. Quand il mettait un point final à Putain d’usine, Grande Paroisse-AZF explosait à Toulouse… Quelques années plus tôt, Jean-Pierre avait demandé sa mutation pour la ville rose. En 30 ans d’activité, il a aussi rencontré la mort à Rouen. Il a échappé de peu à un « accident ». Deux de ses potes y sont restés.
Loin des récits sociologiques et journalistiques, Jean-Pierre Levaray décrit la vie d’usine comme personne. Militant syndicaliste, il ne pond pas non plus des textes tracts. Loin de là. Ses chroniques ouvrières sont toujours nuancées. Elles décrivent le quotidien des boîtes avec une humanité rare. Avec les bons moments vécus entre potes, les manifs, les coups de déprime, l’alcool, les petites combines, les problèmes de fric, le stress, la fatigue des 3×8, les rêves brisés…
En passant au crible des situations drôles ou dramatiques, Jean-Pierre redonne du relief à une classe « fantôme », la classe ouvrière, que le libéralisme triomphant voudrait passer pour morte. Avec un talent littéraire évident, Levaray fait mouche. Ses livres pointent les contradictions de plus de sept millions de personnes qui pourraient hanter les pires cauchemars des exploiteurs et des boursicoteurs, mais… Coincés entre la trouille de perdre leur boulot et la trouille de perdre leur vie à la gagner, fondus dans la masse, comme anesthésiés, les prolos encaissent les coups années après années.
Comme la majorité d’entre nous, employés, chômeurs, retraités… Militant actif de la Fédération anarchiste, créateur du fanzine On a faim !, co-fondateur de la librairie rouennaise l’Insoumise, chroniqueur régulier du Monde libertaire, Jean-Pierre Levaray flirte avec bonheur maintenant avec le monde du théâtre. Putain d’usine a été plusieurs fois adapté par des compagnies. Avec Des Nuits en bleus, il a écrit directement pour les planches. Mis en scène par Marie-Hélène Garnier, le texte raconte une nuit de travail ordinaire. Entre colère et résignation face au énième plan social, les personnages rongent leur frein dans l’attente de la fermeture complète de leur boîte.
Avec pas mal de bleus à l’âme, Jean-Mi, Mino, Pierrot, Paulo, Franck et les autres tiennent comme ils peuvent. Ils se racontent parfois des bobards, bercés par l’univers un peu irréel, hors temps, de la vie dans une usine, la nuit, en bleus. Une complicité les anime. Manière de montrer qu’ils conservent quelques valeurs communes. « Je sais qu’un livre, comme une chanson, un film, une pièce, ce n’est pas la révolution, explique l’auteur. J’écris pour essayer de retrouver ensemble une capacité à réagir, pour aller vers d’autres possibles. Je vise un autre futur, celui d’une société solidaire et libertaire. »
« Comme on a les mêmes choses sur le cœur, un jour on pourrait chanter en chœur », suggérait le camarade chanteur François Béranger… Sûr que cette méga chorale ferait un barouf de tous les diables d’un bout à l’autre de la planète.
Quelques ouvrages :
Putain d’usine-Après la catastrophe (éditions Agone), Classe fantôme (éditions du Reflet), Une année ordinaire-Journal d’un prolo (éditions Libertaires). Le texte de la pièce Des Nuits en bleus vient de sortir aux éditions Libertaires (editionslibertaires@wanadoo.fr).
Représentations de la pièce Des Nuits en bleus :
Le Rayon vert à Saint-Valéry-en-Caux (les 20 et 21 janvier 2006), Espace culturel de la Pointe de Caux à Gonfreville l’Orcher (le 24 janvier 2006), théâtre d’Eu (le 27 janvier 2006), Théâtre de la Foudre de Petit-Quevilly (du 31 janvier au 3 février), théâtre d’Alençon (les 14 et 15 mars 2006), Théâtre 61 à Flers (les 17 et 18 mars 2006), espace culturel François Mitterrand de Canteleu (le 30 mars 2006). Une création soutenue par l’Union départementale CGT de Seine-Maritime.
Représentation de Après coups (d’après Putain d’usine) par la compagnie Vies à vies : le 21 janvier 2006, à 20h30, à l’espace culturel de la Pointe de Caux à Gonfreville l’Orcher.
Forum en présence de Jean-Pierre Levaray le 3 février 2006, à 18 heures, au Théâtre de la Foudre, à Petit-Quevilly. Entrée libre.
Des nuits en bleu de travail.
L’unité de temps:Un quart de nuit 21 heures à 5 heures du matin.
L’unité de lieu:le refectoire d’une usine de fabrication indéfinissable.
Jean-Michel, Mino, Pierrot, Jérémie, franck le chef d’équipe se racontent autour de l’indispensable tasse de café pourtenir le coup. C’est le lieu de pause. Dehors c’est le travail stressant et harassant. Pas de coup d’état d’âme, pas d’événementiel, juste la mise en oeuvre du quotidien. Et il y a l’écrivain, ouvrier aussi mais lui raconte les différentes appréhensions du monde selon ses collègues et lui même. Il lit parfois des bouts de scène à ses collegues puisqu’il écrit une pièce de théâtre, sur une usine, qui se déroule dans un réfectoire pendant un quart de nuit… Témoin de son temps, de leur travail, il pertubera les notions d’espace, où somes nous ? Dans sa tête ou au réfectoire ? Ou les deux à la fois ? Parce qu’au fond, toute cette histoire est vue au travers de son regard.
Avec: Michel Bellier, Eric Bergeonneau, Yves Bolot, Thomas Germaine, Thomas Schetting, Jean-Marc Talbot, Stanislas de la tousche.
La pièce aurait pu s’appeler »Avant la délocalisation » ! Son auteur, Jean-Pierre Levaray est ouvrier et écrivain. Il travaille depuis 30 ans dans une usine chimique près de Rouen. Après « Putain d’usine » son premier livre, voici « Des nuits en bleu » qui raconte la vie quotidienne de 6 ouvriers de nuit. Des nuits en bleu…de travail avec la fatigue, le stress et l’angoisse d’une délocalisation prochaine mais aussi, parfois les sourires complices et la tendresse. Marie-Hélène Garnier signe la mise en scène pariant sur un théâtre d’aujourd’hui, traitant d’un sujet d’actualité sans jamais sombrer dans le « réalitéshow »
Editions libertaires 2006